_____Quelle soirée sordide ce fut. Je dirais même morbide, et teintée d'un aspect psychédélique. On s'ennuyait, mais à un point... Je vais vous la conter.
D'un regard ironique, on était là à reluquer ces étranges pantins se déhancher au rythme d'une musique infernale tandis que nous prenions racine. "Bon, on va se pendre les amis ou on s'encule ?" Finalement, j'ai de mon côté opté pour noyer mon désarroi dans les vagues d'alcool qui tapaient contre les parois des verres. Quand cette réalité barbe, laissons place à la loufoquerie. Mais en fin de compte, cette dernière rejoint très rapidement la réalité. Tout droit sorti de l'Enfer, un nouveau rythme se fit entendre. Et ça tapait, et ça tapait ! Et merde, voilà que résonnèrent des billes s'entrechoquant dans ma tête, et plus exactement dans l'hémisphère gauche de ma boîte à réflexions. Soudain, comme par magie, je fus téléportée dans la salle de bains un étage plus haut, où trois monstres riaient aux éclats tandis qu'ils mettaient en morceaux une prise électrique. "Qui sont-ils ? Et pourquoi ça les amuse de faire ça ?" me demandai-je intérieurement. Oh et puis merde, je rejoignis leurs rires gras et m'écroulai par terre...
Quelques instants plus tard, il y eut un gros "boum". Panique, un immeuble aurait-il explosé ? Sortant en trombe de la pièce, je croisai un bureau qui gisait sur le sol, alors que des pantins animés tentaient de le remettre sur ses quatre pattes. "Tout se brise donc dans ce lieu semblable à l'Enfer" pensai-je. Ahh, je fis de nouveau une rencontre très intime avec le sol. Voilà que je pris conscience de la situation. Je pleurai de rire tellement je trouvais ahurissant le "je m'en foutisme" de ces gens qui détruisaient tout sur leur passage.
Les lumières s'éteignirent et, dans l'obscurité la plus totale, je cherchai à taton un endroit où me réfugier. Ayant rapidement trouvé une poignée de porte, je l'abaissai pour pénétrer dans une pièce, elle aussi dans la pénombre. En allumant la lumière, je découvris la présence de deux pantins. Je m'assis à leurs côtés et nous entamâmes une discussion concernant nos créateurs respectifs. Ces cons avaient voulu faire de chacun d'entre nous un chef-d'oeuvre, une pièce d'art sculptée dans du bois mais ils nous avaient faits de bois pourri qui s'écrase, se tasse au moindre choc.
Après avoir libéré ce malaise, qui maintenant flottait au sein de la pièce, j'étouffais. L'air était devenu oppressant et je voulus quitter ces putains de pantins qui m'avaient remémoré tant de choses désagréables. Je sortis de la maison, dehors il y avait de la vie qui s'agitait. Plusieurs groupes de pantins s'étaient formés. Certains riaient, d'autres chantaient... Et cette vision m'émut plus que jamais. Les contempler tandis qu'ils vivaient, qu'ils échangeaient, fit naître en moi une immense joie. Je passai les mains sur mes yeux humides afin de les sécher et restai un moment les yeux cachés afin de dissimuler mes larmes.
Mais soudain, je sentis des particules froides tomber sur mes bras. Je levai les yeux pour contempler les supposés flocons de neige mais je fus surprise en découvrant leur couleur gris foncé. Lorsque je compris de quoi il s'agissait, je sentis la terreur monter en moi. C'était des cendres, le ciel était en train de me saupoudrer de cendres, et la quantité était gigantesque. Je ne comprenais pas par quel phénomène cela s'était produit mais je savais déjà à quoi m'attendre en regardant autour de moi. Comme je m'y attendais, il n'y avait aucune présence de vie. Les drôles de pantins étaient partis. Pour une raison qui m'était inconnue, j'avais l'horrible certitude qu'il s'agissait de leurs cendres, là, qui volaient dans les airs puis tombaient progressivement sur le sol, et sur moi.
Tout devint inodore, incolore, indolore. Tout devint rien. Mon esprit ne fut plus mien et le vide qui m'envahissait me fit chuter. Mes genoux cognèrent contre le sol froid, ma vision se troubla et je tombai à la renverse. Seule, étendue dans le champ de cendres, par cette nuit glaciale.
_____________________________________________________________________________________________________
_____________________________________________________________________________________________________